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ADAPTATION / SEPARATION, ACCUEIL ET SOINS
Comment l'expérience de soins non maternels peut affecter le développement de l'enfant ?
I. LA RELATION MERE ENFANT
1) Approche psychanalytique
Comment apprendre à connaître et comprendre l’enfant si on ne le considère pas comme faisant parti d’une dyade avec la mère? Ainsi, il convient de s’intéresser à la mère, considérée comme l’instance organisatrice du psychisme de l’enfant par H. Wallon. Pour cela il est intéressant de considérer sa capacité à être mère. Pour Hélène Deutsch, la mère doit accomplir deux taches : « fonder harmonieusement son unité à l’enfant et la dissoudre harmonieusement ». Ce travail psychique est lié aux différentes étapes de développement. Il est présenté sous forme de conflit dans la psyché maternelle : ce qu’elle peut accepter du désir de l’enfant et ce qu’elle peut comprendre du sien propre. Ce conflit se résout par le phénomène d’illusion grâce auquel la mère arrive à surmonter l’expulsion de l’enfant lors de la naissance.
D’autre part, la mère va s’identifier à l’enfant qu’elle porte mais aussi à sa propre mère telle qu’elle l’a intériorisée. Son passé, son inconscient et son imaginaire entrent dans la relation actuelle avec l’enfant. On voit donc comment l’activité fantasmatique anxieuse de chacun influence celle de l’autre. En tant que futurs professionnels, il est donc important de s’intéresser à la façon dont la mère a vécu le processus de séparation individuation pour mieux comprendre la façon dont l’enfant vit le sien propre.
Freud pense que la mère est dans une phase de régression dans la mesure ou elle va régresser à un stade ou elle redevient le bébé de sa propre mère. C’est sa situation de mère qui va ranimer en elle les différents stades de sa petite enfance; elle va aussi revivre les différentes expériences infantiles de frustration et de satisfaction, d’amour et d’agressivité. Les images de la mère méchante, de l’enfant destructeur, de la mère aimante et de l’enfant aimé vont venir se projeter sur la représentation que la femme se fait maintenant de la mère qu’elle est et de l’enfant qu’elle a.
Par ailleurs, la « folie maternelle primaire » de Winnicott signifie qu’elle va fortement s’identifier à son enfant et c’est pour cela qu’elle va parvenir à ressentir les besoins et états de celui-ci. C’est par communication infra-verbale qu’en nourrissant et en aimant son enfant, elle va se nourrir et s’aimer elle-même. On parle aussi de l’économie libidinale du couple mère-enfant.
Enfin, cette régression aux stades archaïques de la personnalité est féconde car elle permet une maturation psychoaffective de la mère.
Ensuite, le texte « les mères doivent être la pour être quittées » d’Erna Furman nous amène à réfléchir sur cette phrase lourde de sens d’Anna Freud. La relation mère-enfant se caractérise par un va et vient: la mère est la puis est quittée. En fait, l’enfant maîtriserait les différentes étapes de son développement que si sa mère s’autorise à se passer de son enfant pour les moments ou il reviendra à elle. Ainsi, c’est l’accommodation mutuelle mere-enfant nécessitent une continuité d’expérience qui va permettre l’élaboration du sentiment de continuité interne chez l‘enfant c‘est à dire que malgré ce va et vient, la mère doit toujours rester disponible. Pourquoi? Tout d’abord par rapport à l’élaboration du sentiment de continuité interne comme je l’ai dis plus haut. D’autre part, l’absence de la mère lui permet d’utiliser l’activité représentative et donc de la faire revenir dans son esprit pour mieux faire face à la séparation. Il est important que l’enfant s’autorise à oublier momentanément sa mère pour s’adonner à d’autres apprentissages. Il paraît nécessaire d’enrichir cette analyse en faisant appel aux points de vues d’autres auteurs qui se sont aussi intéressés à la séparation comme Mahler qui définit la mère comme un « port d’attache » pour que l’enfant puisse se séparer et s’individuer permettant ainsi l’évolution de la mémoire, de la cognition et l’autonomie. En bref, l’individuation est l’épreuve de la réalité. Freud est à l’origine du narcissisme freudien qui incite l’enfant à ramener son estime dans un lieu ou il est seul, sans ses parents. Il parle de sécurité interne de l’enfant. Quant à Wallon, il avance que l’enfant a construit sa personnalité en empruntant à cette relation permanente entre le « moi » et l’autre. La dyade mere-enfant permet de rester en contact avec quelqu’un qui le fasse exister d’ou l’expression : « je me reconnais dans le miroir maternel ».
La seconde partie est réservée à la présentation de la crèche. C’est un lieu dans lequel l’enfant va devoir exercer sa capacité à être seul qui elle-même réside selon Winnicott, dans l’expérience de la solitude en présence de quelqu’un et qui se rapporte à la mère « la pour être quittée »
2) comment définir cette relation?
Parmi les extraits étudiés celui de Serge LEBUVICI, psychanalyste d’enfants peut apporter des éléments de réponse. Ses travaux ont porté sur le phénomène d’empathie dans la relation mère/enfant ou substituts parentaux, mais plus particulièrement dans la relation de soins ou thérapeutique. Il s’est inspiré des travaux d’Anna Freud, de Mélanie KLEIN mais surtout de WINNICOTT. Il fut d’ailleurs le premier à l’inviter en France en 1950. Pour S. LEBOVICI, dans la relation thérapeutique, l’analyste s’identifie emphatiquement à son patient (notamment l’enfant) et va ainsi répondre plus facilement à son besoin et agir dans son sens. Il parle alors d’énaction (de mise en acte). Ex. Au cours d’une consultation une mère évite de toucher son enfant assis sur les genoux de son mari jusqu’au moment où le bébé pleure. Elle le prend. L’enfant ne peut pas supporter d’être dans les bras de sa mère et la mère ne sait pas quoi faire. LEBOVICI s’approche, met sa main sur la tête du bébé en lui disant qu’il est beau et en parlant de la situation avec les parents. Le bébé se calme peu à peu, regardant LEBOVICI à plusieurs reprises, tout en se réfugiant progressivement dans les bras de sa mère. La caresse sur la tête du bébé (’enaction) a modifié les interactions entre la mère en deuil d’une petite fille morte et a ainsi permis au bébé de la maternaliser. Par ce simple geste, LEBOVICI montre que l’émotion de l’enfant a été apaisée et lui a permis en retour d’apaiser celle de sa mère.
Différentes définitions de l’empathie :
S. LEBOVICI, l'empathie désigne la capacité de sentir avec l'autre, en un mouvement de compréhension sensorielle et affective de ce qui, en l'autre, reste étranger à lui et à moi.
Le mot empathie a été employé en France en psychologie et en psychopathologie et s’est répandu avec la connaissance du développement du bébé dans la littérature anglo-saxonne. Dans le dictionnaire de psychologie de Roland Doron, R. Dorey parle d’une « intuition de ce qui se passe dans l’autre, sans oublier toutefois qu’on est soi-même, car dans ce cas il s’agirait d’identification ». Sens etymologique implique d’une part une connaissance de l’autre par l’intérieur et la souffrance d’autre part d’où le mot anglais insight « voir dedans » ou « comprendre dedans ». Empathie au sens psychothérapique, traduction du mot Einfülhung (sentir avec, ou union dans le sentiment).
Pour C. ROGERS, l’empathie s’est être presque l’autre sans être l’autre et sans cesser d’être soi-même.
Quelques références concernant le terme d’empathie
Au travers de nombreuses observations auprès de mères et de leurs bébés, D. STERN psychiatre de l’université de Cornell a pu déterminer que les bases de la vie affective d’un enfant sont jetées dès l’instant où ses émotions sont accueillies avec empathie, acceptées et payées de retour. Il parle alors de processus d’harmonisation. Ces différents processus d’harmonisation vont déterminer plus tard à l’âge adulte les relations affectives avec leurs proches. Toujours pour D. STERN, un manque de manifestation d’empathie d’un parent vis-à-vis de son enfant peut induire chez celui-ci un évitement dans l’expression de ses émotions voire l’incapacité de les ressentir. [L’intelligence émotionnelle – D. GOLEMAN]
Le cerveau droit est l’hémisphère de l’empathie. Lorsqu’il est endommagée par un traumatisme précoce ou le manque d’amour, il est à l’origine de troubles nombreux et divers. Il est incriminé pour toutes sortes de psychopathologies, de l’autisme à la psychose et à la dépression. [La biologie de l’amour – A. JANOV – Méthode Cri primal
II. LA CRECHE
1) Présentation et Accueil
L’accueil d’un bébé passe par sa nomination, un nom qui lui donne une place dans la communauté humaine, le symbole d’une appartenance humaine. Le contact quotidien avec lui met à l’épreuve la propre fonction contenante des adultes.
-Fonction contenante d’une équipe: est sa capacité à recevoir, contenir et transformer les émotions et anxiétés primitives des bébés. De devenir un réceptacle, un contenant des souffrances des accueillis.
Accueillir est un travail difficile qui engage l’intimité de tout sujet, c’est un travail qui ne sera jamais vraiment reconnu. Accueillir ne va pas de soi, c’est d’abord au moyen âge réunir, associer, c’est mettre au travail notre capacité à devenir contenant. Un accueil peut être plus ou moins contenant, c'est-à-dire ouvert à la relation, à l’inconnu. Selon Levinas, accueillir c’est toujours la rencontre avec un visage étranger, le risque d’une rencontre avec l’autre. L’auteur défendra l’idée que la fonction contenante indique une position éthique à conquérir, une fonction à avoir, la nécessité d’une réceptivité absolue pour recevoir cette altérité
La fonction de l’accueil est très délicate pour des bébés, ils sont fragiles face aux situations de séparations ; ils n’ont pas suffisamment intériorisé les fonctions contenantes de leur environnement familial. L’accueil doit pouvoir faire face à leurs angoisses de séparation et à des angoisses primitives difficilement reconnaissables.
2) L’adaptation
a) Les étapes de la maturation
L’entrée en crèche est une étape de maturation parmi d’autres au cours de laquelle la mère doit être la pour être quittée. Si la mère s’attend à être quittée à l’adolescence, il n’en est pas de même pour les étapes de développement plus précoces comme le sevrage ou l’entrée en crèche. Il est question ici de décrire une étape de maturation et de répertorier les comportements possibles du coté de la mère et leurs conséquences sur l‘enfant. Je m’explique: Lors d’une étape de maturation émerge chez l’enfant un désir de plaisir nouveau. Il va rejeter la mère mais inconsciemment c’est le remplacement de celle-ci en tant que personne adulte, sexuellement active, porteuse et éleveuse d’enfants. Dans ce cas, la mère fait l’expérience douloureuse de la séparation. Si elle parvient à « être la pour être quittée c’est qu’elle est parvenue à aménager la relation ambivalente qu’elle a avec son enfant et qu’elle considère son développement comme une lutte instinctuelle non dirigée contre elle. Quand la mère ne domine pas ces éléments, elle communique son émoi interne et stimule une réponse de l’enfant qui peut se manifester de plusieurs façons: soit l’enfant refuse de grandir pour prouver à la mère qu’il a toujours besoin d’elle soit il la rejète et s’en éloigne en faisant mal. Dans tous les cas, l’enfant ne pourra pas développer une véritable attention ou un estime à l’égard de la mère comme le pense Winnicott.. Ceci peut nuire à sa capacité de fonctionner comme une personne sensible qui pense aux autres ou de devenir parent lui-même. Par contre, quand la mère parvient à être la pour être quittée, elle favorise les étapes de développement de l’enfant qui ne se sent pas coupable de grandir et qui prend avec sympathie le rôle de la mère. Ceci permet aux enfants de grandir et de garder « l’estime due à ses parents ». C’est par rapport à cette aptitude que la mère va favoriser la maturation, le contrôle de soi, aide à la construction d’un égocentrisme équilibré dans le contexte d’une fusion entre amour et agression.
Par rapport à tous les éléments énoncés ci-dessus, nous pouvons mesurer l’importance de considérer l’enfant dans sa relation avec la mère et de mettre en place, dans le contexte particulier d’une crèche, un accueil prévu pour l’enfant et aussi pour les parents. Cette partie nous permet maintenant d’avoir un regard plus critique sur la question suivante :
b) A quoi sert l’adaptation ?
Pour répondre à cette question, je vais m’appuyer sur quatre textes sources, les deux premiers extraits des revues « Enfant d’abord » et « Métiers de la petite enfance », ensuite je m’aide de deux ouvrages, l’un de Martine Jardiné, « L’accueil des tout-petits », et l’autre publié par le CRESAS (Centre de Recherche de l’Éducation Spécialisée et de l’Adaptation Scolaire), intitulé « Accueillir à la crèche, à l’école ».
Premièrement, pourquoi un temps d’adaptation ?
Il s’agit d’abord de donner confiance aux parents, il faut favoriser les liens entre la crèche et la famille. Noémie Bloit, psychologue, nous explique que « l’adaptation, c’est pour les parents ». « L’enfant lit les pensées et les émotions de sa mère comme à livre ouvert. » Ainsi, d’une mère, ou d’un père rassurés dépendra l’adaptation de l’enfant.
« Connaître l’enfant c’est savoir l’observer en collaboration avec les parents. » Les professionnels donc doivent accompagner l’enfant et la mère dans un processus, parfois long, de séparation. L’enfant doit pouvoir s’inscrire à terme, dans un lieu qu’il accepte et qu’il veut investir. Lorsqu’il arrive à la crèche pour lui, tout est inconnu. Martine Jardiné nous explique que « l’enfant va découvrir et peu à peu apprendre à connaître, en présence de sa mère, l’environnement, les bruits, les odeurs, les couleurs, la lumière – qui ne sont pas les mêmes et ne se produisent pas au même moment chez lui. ». Elle préconise alors un temps d’adaptation de 5 à 6 semaines, afin de prendre son temps. (Minimum recommandé pour une adaptation : 2 semaines) Souvent une maman est rassurée de savoir qu’elle a le temps de connaître la structure, son fonctionnement , le personnel, et donc le temps d’être elle même en confiance. Il faut que les parents aient une place dans la structure qu’ils ne s’en sentent pas exclus. « Le lieu d’accueil doit être un lieu dans lequel les parents (et l’enfant) sont écoutés et entendus sans jugement. » La durée de l’adaptation, bien évidemment est variable et fonction des personnes, certaines familles nécessitant plus de temps que d’autres. Il est important d’inscrire la séparation dans la continuité, et donc de prendre le temps de connaître les habitudes de l’enfant accueilli, ses rythmes, ses désirs, ses habitudes,…Ce n’est pas le bébé qui doit finalement s’adapter au cadre dans lequel il s’inscrit, mais l’inverse. C’est à dire que l’organisation devra tenir compte des besoins de l’enfant, de ses capacités, et s’adapter ainsi à son rythme afin de favoriser son développement, son indépendance vis à vis du lieu et des personnes qui l’entourent. Par conséquent, le principal outil dont tout professionnel doit se munir c’est l’observation, afin de « ne pas intervenir, modifier ou initier les activités de l’enfant », sinon lui offrir le cadre sécurisant et adapté qui va lui permettre de grandir « seul ».
Par conséquent, les conditions nécessaires à une séparation réussie (parce que séparation et adaptation sont liées), sont :
1. Qu’on explique à l’enfant ce qui lui arrive, ce qui va se passer.
2. Que sa mère, ou son père, ait une place dans la structure, que les parents donc, puissent accompagner l’enfant.
3. Qu’il y est un adulte référent, c’est à dire un interlocuteur privilégié, ayant un rôle de relais. Les rôles de chacun n’étant pas substitutifs, mais complémentaires.
4. Que l’enfant ait un linge, ou autre, qui porte l’odeur de sa maman, qu’on lui parle de sa maman.
Il est important que la séparation se fasse de manière progressive pour que l’enfant ne se sente pas angoissé. Progressivement donc on augmente le temps de séparation, ou l’enfant joue seul, il va aller à la rencontre de l’étranger en présence d’abord d’un parent, pour qu’il puisse se rassurer auprès de lui, puis en présence d’une autre personne qui s’occupera de lui quand le parent sera parti. Il est préférable que celle ci soit présentée à l’enfant en présence de la maman.
c)Accueillir les parents des jeunes enfants
Des propositions concrètes pour améliorer la qualité de l’accueil des parents
Suzon Bosse Platière, psychopédagogue, formatrice petite enfance
Avec la collaboration de Nathalie Loutre du Pasquier, maître de conférence en psychologie
L’auteur de ce texte insiste sur la nécessité, pour l’accueillant(e) de permettre à la souffrance ressentie par la mère et l’enfant lors de la séparation d’être exprimée et entendue; cela suppose une écoute attentive, sans jugement de la part des professionnel(le)s, mais aussi la capacité de dire, en connaissance de cause, les bienfaits de cette séparation, qui viendront enrichir la relation entre la mère et son enfant (ex: ouverture sociale). La mère, rassurée sur les compétences professionnelles et le rôle des personnes à qui elle confie son bébé pourra ainsi vivre plus positivement cette séparation, et, par prolongation, l’enfant la vivra, lui aussi, plus sereinement. Pour cela, l’accueillant(e) aura besoin, à son tour de parler des difficultés qu’il/elle rencontre dans l’accueil des mères et des enfants qui se séparent, de ce que fait résonner, dans sa propre histoire, la question de la séparation. L’auteur souligne ici l’importance de prendre en compte ce vécu comme une question professionnelle importante, afin de réussir l’accompagnement et la prise en charge de l’autre sur le chemin de la séparation.
d) Accueillir et se séparer soi-même des enfants des autres.
Il sera de même très important de ne pas oublier que le/la professionnel(le) qui prend en charge jour après jour un enfant, ne pourra pas faire abstraction des liens qui, inévitablement, vont se tisser. Il lui faudra donc, là encore, un espace lui permettant d’analyser son positionnement professionnel et d’être entendu(e), cette fois dans ce qu’elle/il peut vivre de pénible, dans la séparation d’avec un enfant qui rentre à l’école ou déménage. Un temps de récupération serait, selon l’auteur, nécessaire pour « faire le deuil » de ce départ, afin de lui permettre d’être plus réceptif(ve) et disponible dans les prochains accueils.
Il serait essentiel, que les professionnel(le)s de la petite enfance soient formé(e)s et préparé(e)s à cette question de séparation, et qu’ils/elles puissent être accompagné(e)s lors de l’élaboration du projet éducatif, dans le but de clarifier, vis à vis des parents et des responsables institutionnels, leur positionnement professionnel.
III. L’importance des soins
L’institut Emmi Pikler apporte un éclairage très intéressant sur la façon de considérer le soin auprès de l’enfant. C’est dans le livre un nouveau paradigme : Loczy, que nous avons trouvé les éléments suivants:
L’expérience de l’institut Emmi Pikler est la capacité à fournir au bébé, pendant toute la durée de son séjour, une relation humaine authentique avec quatre personnes, dont une privilégiée, qui prennent soin de lui de façon stable et dans une continuité. Cette relation étant nécessaire et indispensable et semble suffisante pour assurer le développement de bébé lors de son séjour dans l’institut et pour assurer le reste de sa vie avec ses parents.
D’autre part, par rapport à un positionnement professionnel, il est important de différencier la relation maternelle de la relation de soin.
1) Relation maternelle et relation soignante:
a) La relation maternelle :
c’est une relation continue qui se manifeste tout au long de la vie et au-delà. Relation passionnelle, amoureuse, toujours complexe à l’intérieur de laquelle bébé comme la mère vit des moments d’émotions très forts (tendresse, colère, frustrations, inquiétudes...). La relation maternelle est inspirée par tout ce que bébé évoque pour sa mère (évocations liées à son couple, son passé familial, aux pressions de la culture). Il y a aussi la rencontre entre le bébé fantasmatique et le bébé réel qui résulte d’un jeu complexe continu entre les forces d’empathie qui la guident et la poussent à s’accorder aux demandes de son bébé, et les mouvements projectifs qu’il suscite en elle et qui façonnent ses attentes à elle, ses demandes, ses exigences. C’est un système interactif spécifique, unique à chaque dyade mère enfant et non reproductible. Dans ce tissu interactif, elle s’apporte toute entière, exprime ses désirs, ses attentes, ses craintes, son besoin d’appropriation et de conquêt. Les soins maternels sont la résultante de tout cela.
b) La relation de soin : C’est le manque de la relation maternelle qui nécessite un soin particuliers. Ce soin pour être utilisable par bébé doit engendrer une relation de confiance et de sécurité dont la fondation diffère de celle d’une relation maternelle. But de la relation soignante : Lorsque bébé est privé de sa mère et qu’autrui intervient pour lui prodiguer des soins nécessaires à sa survie, au maintien de sa santé, à la poursuite de son développement.
c) Le problème du soin :
La relation entre bébé et soignante est vouée à de grandes difficultés si elle s’appuie sur la maternalité latente de celle-ci. L’expérience de l’institut ouvre une voie qui permet à la soignante de s’appuyer sur d’autres piliers que sur la maternalité latente :
-D’une part par la connaissance (processus de développement), l’importance de cultiver ces manifestations au cours et en dehors des soins.
-D’autre part ces connaissances permettent à la nurse d’être plus vite sensible aux progrès quotidiens dont elle attend l’apparition en faisant confiance au rythme de développement de l’enfant.
-D’un autre côté, bébé est réceptif à cette attention particulière et en éprouve une satisfaction et une gratitude. Ainsi naît entre eux amitié et affection.
Et il semble bien que cette relation soignante particulière soit suffisante pour alimenter le processus de développement du bébé pendant le temps où il est privé de sa mère, lui permet de vivre la séparation comme un distanciation, et non comme une perte, et maintien sa capacité à la retrouver, ou à faire connaissance avec une famille adoptive ou avec une famille d’accueil.
V. Maternage traditionnel d’ici et d’ailleurs
Suzanne Lallemand, ethnologue, directeur de recherche au CNRS, s’intéresse aux questions de fertilité et de filiation hors des sociétés industrielles; (l’art d’accommoder les bébés..)
Définition du « Petit Robert » : […] se conçoit comme un ensemble de soins apportés aux enfants
L’auteur oppose dans ce texte les pratiques occidentales à des pratiques traditionnelles « primitives ». Ainsi, les questions de maternage, mais aussi de propreté et de couchage des enfants seront radicalement opposés selon la société dans laquelle on évolue. En Occident, le lien mére-enfant se veut exclusif pendant une période assez longue par rapport aux sociétés africaines qui s’organisent de façon à ce que tout le cercle, familial ou non, contribue au développement psychosocial de l’enfant. Il en va de même en ce qui concerne l’apprentissage de la propreté, qui, chez nous fut matière à maintes interprétations « scientifiques » durant des décennies, et qui, comparé à d’autres sociétés ne semble pas être ce qu’il y a de plus approprié en ce qui concerne le respect du développement psychomoteur de l’enfant. En Afrique, cette question ne se pose pas et le petit enfant qui sait marcher suit les plus grands à l’endroit où ils urinent et se lavent.
Alors que le bébé français n’a plus eu le droit, pendant plusieurs décennies de dormir dans le lit de ses parents, pas plus que sa mère n’avait le droit de le consoler, (pratiques remises en question dés le début des années soixante jusqu’en 1990), ailleurs il est fréquent de partager sa couche avec ses enfants.
Pour conclure on s’aperçoit que le maternage occidental est basé sur la performance et l’acquisition précoce de l’autonomie, et ne laisse pas beaucoup de place à la participation active de l’enfant, son développement psychomoteur ou affectif n’entre que très peu en ligne de compte. D’autre part, il est essentiel de souligner que la connaissance de pratiques différentes est un outil supplémentaire pour les professionnels de la petite enfance, qui sont amenés à remettre en question en permanence leur méthode de travail: parce que les enfants, les familles, les institutions et les professionnels eux-mêmes sont autant de paramètres à prendre en compte, chaque cas est différent et demande un effort d’adaptation particulier.